01.12.2009
Les Fêtes de Noël au Lycée dans les années 60
Georges Gonnot se souvient, avec l'aide de J-F. Masseron, de la traditionnelle Fête de Noël au Lycée dans les années soixante, sous le règne des Plantin. Vos ajouts et commentaires seront les bienvenus, notamment ceux de Raymond Levret, actuellement en plein camping pour cause de long déménagement à péripéties, qui nous a promis, en plus, de nombreuses photos.
Les préparatifs
Avec le retour à l’internat, après les vacances de Toussaint, commençait la préparation active de la fête de Noël des élèves et de leur spectacle au « foyer des filles », aujourd’hui Salle Michel-Mias.
Avant le départ en vacances, les élèves intéressés avaient fait auprès de Madame Plantin, Georgette Plantin, personnalité incontournable de l'établissement, épouse du proviseur et surveillante générale redoutée, une demande de salle de classe, pour y répéter, si bien que cette dernière, à la rentrée de novembre, ne tardait guère à convoquer les volontaires pour se renseigner sur leurs projets et leur donner un éventuel feu vert.
A ce stade, l’honnêteté impose de préciser que, si d’un côté, cette demande relevait de notre part, à Raymond Levret, Jean-François Masseron et moi-même, d’un vrai désir d’apporter notre contribution à cet évènement majeur de l'année scolaire, d’un autre côté, il nous faut reconnaître qu'il y avait aussi, pour nous, la perspective agréable de pouvoir passer nos récréations au chaud, dans l’intimité de notre petit groupe fraternel, plutôt que dans l'anonymat et la promiscuité d’une cour souvent glaciale à cette époque de l’année.
C'est ainsi que Raymond Levret, Jean-François Masseron et moi avions donc eu l'idée de constituer, à nous trois d'abord, une petite troupe qui semblait n'avoir, sur un point au moins, rien à envier à L’Illustre Theâtre, puisque, comme les membres de la célèbre compagnie, nous étions tout à la fois producteurs, auteurs, metteurs en scène, acteurs, décorateurs, accessoiristes… la comparaison, bien sûr, s’arrêtant là !
Après avoir reboutonné nos biaudes, nous être donné un coup de peigne humide dans les WC de la cour et vérifié notre aspect général, nous nous rendions donc, après convocation péremptoire, avec quelque appréhension, chez Madame Plantin.
Hésitations devant le bureau… Était-elle disponible ? Le proviseur était-il avec elle ? L’oreille collée à la porte verte nous tentions de cerner la situation…
Qui allait frapper et parler au nom du groupe ? Nous avions l'habitude de déléguer le rôle de porte-parole à Raymond Levret, le plus hardi et, d'après nous, le mieux vu !
Là à notre surprise (et énorme soulagement), Madame Plantin, qui bien que n’ayant que peu œuvré pour acquérir une grande réputation en matière d'amabilité, nous accueillait avec une charmante bonhomie… Et notre Raymond, tout sourire, charmeur comme pas un, faisait une présentation succincte, mais enjolivée, d’un projet de pièce encore flou --- c'est le moins qu'on puisse dire… Mais Madame Plantin souriante, détendue, affable, semblait satisfaite, et ne manquait pas de nous prodiguer conseils et encouragements, nous félicitant pour notre engagement et nous décrivant le reste de la programmation de la soirée de Noël. Une salle de répétition nous était sur le champ attribuée. En général, c’était une salle du rez-de-chaussée, souvent la salle 2. Madame Plantin faisait ses recommandations d’usage, nous allions y être en autodiscipline (ce qui était novateur à l’époque) : il ne faut pas fumer, n’est-ce pas ? D'ailleurs le patron lui-même a cessé de fumer... et ne pas oublier de remettre la salle en ordre.
Enfin tels les sujets soumis de l’Ancien Régime, nous sortions alors à reculons, en nous confondant, pleins d'une reconnaissance émue, en remerciements et en saluant bien bas notre bienfaitrice…
Nos contributions
Noël 64 : La télévision rediffuse des courts-métrages de Charlie Chaplin. Nous décidons de faire un faux Chaplin. Raymond Levret a tout naturellement le rôle du clochard burlesque. La prof de dessin était aussi mise à contribution pour les décors et les accessoires. Il était question d'un gros lot de la Loterie nationale dans l'histoire que nous avions inventée. Nous avions besoin d'une publicité sur un mur du décor. Nous demandons à Gilbert Cossez, notre prof d'Anglais, comment on dit Loterie nationale en anglais. Or, la Loterie nationale n'existait pas en Angleterre ! Nous sommes passés outre, il nous fallait cette affiche, nous avons créé la "National Lottery".
Nous avions aussi comme accessoire un balai. Levret devait faire une roulade autour du manche, que nous tenions chacun à une de ses extrémités, Georges et moi. Il devait se casser en deux pendant le spectacle. Le jour de la représentation, il s'est cassé en trois!
Ce qui était tellement inattendu de notre part que cela, dans l'instant, renforça l'effet comique de la situation, déclenchant l'hilarité générale du public, vu les têtes que nous devions faire !
Au cours des répétitions, nous avions déjà massacré aussi bon nombre de balais, empruntés aux femmes de service. Georgette Plantin, dans sa munificence de protectrice des Arts, ne nous en a jamais tenu rigueur !
Noël 65 : Un sketch du cru de JF, nihiliste, inachevé, sans queue ni tête. Il portaist une cape noire et un bas sur la tête. Là encore une imitation de film muet. Georges était en costume à carreaux et arborait une barbe postiche protubérante. C'était cette année-là que nous enfoncions un énorme couteau de cuisine dans le dos de Raymond Levret qui devait trépasser dans des convulsions à n'en plus finir...
Noël 66 : Une sombre histoire macabre, manichéenne dans une opposition de noir et de blanc, avec la Sonate au clair de lune de Beethoven en arrière fond et le bruit d'une pierre tombale qui pivotait sur elle-même... Georges, qui jouait les athlètes, devait extraire de sa tombe la belle Hélène Périllat et sa longue chevelure noire. Je (= J-F. M.) crois me souvenir que nous avions concocté cette pièce avec Pascal Bonnafous, qui était alors en Terminale. Elle devait s'appeler Astarté, du nom de la déesse phénicienne.
Noël 67 : Clérambard, la pièce de Marcel Aymé, choisie et mise en scène par Mme Theuil. Il y a avait comme toile de fond, pour toute la représentation, un plongeur palmé dans une mer d'émeraude. Il n'avait rien à voir avec la pièce mais, à un moment, un personnage se vante d'avoir les palmes académiques, et celui qui jouait ce rôle, avec un beau sens de l'à-propos, a tendu une main vers les palmes du plongeur en prenant, de l'autre, le public à témoin.
La fête elle-même
Autour du 20 décembre, avant le départ en vacances, les internes et les professeurs invités avaient enfin droit à la traditionnelle soirée de Noël, préparée, nous l'avons dit, depuis les vacances de Toussaint. Elle débutait, après le repas du soir, vers 19h45, par un "mouvement de dortoir" spécial où nous allions faire un brin de toilette et nous mettre sur notre trente et un pour cette soirée extra-ordinaire. L'effervescence de ces instants est facile à imaginer. Raymond, Jean-François et moi devions nous hâter encore plus puisque nous étions acteurs et qu'il nous fallait rejoindre les coulisses au plus tôt pour préparer notre entrée en scène.
Les coulisses se trouvaient dans la grande salle de permanence et le hall attenant, derrière la grande salle de spectacle. Ces coulisses bénéficiaient d'un statut particulièrement libéral pour l'époque puisque, par exemple, garçons et filles y étaient mélangés, certains et certaines ne se privant pas, dans les coins, d'embrassades et de caresses à n'en plus finir, on pouvait aussi y fumer sans risque, à tel point qu'à certains moments un véritable nuage de fumée envahissait la scène sans que les Plantin, au premier rang du public, ne réagissent... Je (= G.G.) me souviens aussi qu'il y avait aussi quelques bouteilles qui circulaient tout au long de la soirée et que certains acteurs avaient parfois bien du mal à monter sur les planches...
Sur le coup de 20h30, nos camarades prenaient place, les chaises s'alignaient de part et d'autre d'une étroite allée centrale. Filles d'un côté, garçons de l'autre... des petits malins savaient adopter une position toute stratégique le long de la frontière...Ils s'entassaient à trois ou quatre cents dans cet espace relativement réduit si bien que l'atmosphère devenait vite étouffante. Mais personne n'y prêtait véritablement attention puisque l'allégresse liée à la fête et la joie d'arriver aux vacances et aux retrouvailles proches avec nos familles éclipsaient tout le reste.
A l'entracte des petits pains au lait et une grosse orange bien juteuse étaient distribués à tous et, à la fin du spectacle, après avoir été félicités par le couple Plantin, nous montions au dortoir où nous ne tardions guère à nous endormir, les yeux pleins d'étoiles...
Après la fête
Fin janvier ou courant février, les photos de la soirée, prises par un photographe de la ville, étaient affichées, numérotées, sur un tableau vers l'escalier qui menait aux appartements du patron. On pouvait passer commande. Des camarades aussi prenaient des photos... C'est ainsi que nous avons aussi gardé trace de ces fameuses soirées de Noël au Lycée de Semur dans les années soixante, quelques vieilles photos d'époque qui accompagnent, aujourd'hui, nos souvenirs ...
G. Gonnot et JF. Masseron
Récit à deux voix
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29.10.2009
D'autres souvenirs
J'ai reçu des souvenirs et commentaires de Véronique qui a fréquenté le Collège après 1968 (date où, moi, jai quitté le lycée).
Je lui passe avec plaisir le relais de la mémoire !
Bonjour,
J’ai lu… presque tout du blog ! Et cela m’a rappelé d’autres souvenirs, d’une autre génération.
Née en 58, mes souvenirs du collège sont différents, toutefois certains se recoupent :
• les 2 cinémas que j’ai connus aussi,
• mais également les mêmes maillots crasseux pour jouer au hand, et le même prof de sport : M. Pinard,
• et les blouses de couleur, sauf que pour moi elles étaient roses et bleues pour les filles, grises et marines pour les garçons et qu'on ne les appelaient pas des "biaudes".
J’ai également des souvenirs propres à Semur :
• la « Marie Dupin » où nous faisions de nombreuses glissades sur des luges en bois en hiver, et avant cela la descente de la rue de l’Abreuvoir avec Me Picquet qui nous attendait dans le virage pour nous donner des coups de canne que nous devions esquiver pour arriver à la rivière… Forcément, à glisser sur la neige toute la journée, nous rendions la rue en pente impraticable !
• Et puis vers l’ancienne école de Filles des Remparts, il y avait M. Déchien qui vendait des caramels à 1 centime (de franc) et… qui n’avait plus d’oreille (ça ne s’invente pas !).
Je me souviens des clarks … mais moi en bien, j’adorais ; et le souvenir le plus fort c’est celui de mon premier pantalon, en 1971 !!! C’était au collège, je pense en 1971-1972.
En ce qui concerne la discipline dans l’enceinte du collège, mes parents avaient été contraints de couper les cheveux de leur fille ainée lors de son entrée en sixième (je pense en 1962 ou 63)… Ensuite, les cheveux des filles devaient être attachés. En sixième, j’ai été collée parce que j’avais tiré sur la natte de ma voisine « pour rire », dans le rang avant d’entrer en classe ! La Directrice ne badinait pas… en tous cas, Mlle Bizouard, surnommée la « hein hein » parce qu’elle ponctuait toutes ses phrases de « hein » (« Mettez vous en rang par deux, hein ? », « Taisez-vous, hein ! ») ne m’avait pas loupée !
Drôles de souvenirs aujourd’hui…
Mes parents ont un souvenir encore différent, anecdotique mais parlant : en 1951 il y avait 51 épiceries de quartier à Semur… Où sont passées nos épiceries ?
Merci pour cet intermède.
Bonne soirée.
Véronique Jobic née Morizot,
Élève du collège de Semur dans les années 70.
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06.02.2009
Grève des notes
Je me souviens qu'en première ou bien en terminale, il y a eu une grève des notes. Les profs ne communiquaient plus nos notes à l'administration. Je ne sais plus combien de temps, ça a duré. Je crois me souvenir (mais c'est vraiment très loin) que ça avait affecté les notes des compositions du 2è trimestre. Mme Theuil la faisait. Il me semble - mais je ne voudrais pas cafter, surtout à tort - que notre prof d'histoire-géo ne la faisait pas.
Je me souviens aussi qu'au BEPC, nous avons eu, en rédaction, un sujet tiré de La Montagne de Jean Ferrat (Ils quittent un à un le pays... Mon Dieu, que la montagne est belle...). Peut-être la première fois dans l'histoire de l'Éducation nationale qu'une chanson de variété servait de support à un examen. Nous avons passé certaines épreuves dans les préfabriqués qui étaient le long de la rue du Lycée, ceux des élèves de la filière professionnelle (on ne disait pas les CPPM ou quelque chose comme ça ?).
••• Ceux qui découvriraient ce blog et qui ont passé une partie de leur scolarité à Semur dans ces années-là, et qui veulent en savoir plus ou reprendre contact, peuvent me joindre ici. Ou bien contacter Georges Gonnot, le Président de l'Association, ici. Ça nous ferait plaisir.
20:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : je me souviens
02.02.2009
Ni vu, ni connu
Je ne sais plus quand j'ai appris que Ni vu ni connu, avec Louis de Funès, avait été tourné à Semur. Un prof nous en avait-il parlé ? En tout cas, il me semble, qu'entre nous, ce n'était pas un sujet de conversation. Et c'est naturel, le film tourné en 1957 avait déjà 7 ans quand je suis arrivé à Semur. Autant dire une antiquité, tant les années comptent à cet âge et tant la société changeait vite à cette époque. J'aurai l'occasion de reparler de Ni vu ni connu car les documents ne manquent pas.
En cherchant des informations sur le film sur internet, je suis arrivé sur une page du Bien Public qui répertorie les tournages qui ont eu lieu en Bourgogne et j'ai trouvé un autre film : Clérambard d'après la pièce éponyme de Marcel Aymé avec Philippe Noiret et tourné comme Ni vu ni connu par Yves Robert, qui a dû trouver du charme et des commodités à Semur.
J'ai trouvé ailleurs une surprise : Grace Kelly, la future princesse de Monaco, aurait, elle-aussi, tourné à Semur dans un film intitulé Happy Journey !
Vérification faite, il s'agit de Gene Kelly (ce qui est déjà pas mal !). Il y a réalisé Happy Road (titre français : La Route joyeuse)
en 1957 (ou 58). Avec Gene Kelly, Barbara Laagez, Michael Redgrave et Brigitte Fossey qui avait alors 10 ans (Jeux interdits date de 1952).



05.09.2006
Gendarmes
Je me résume, et j'essaie d'être plus clair.
Si vous êtes ancien de Semur, quelle que soit l'époque, vous pouvez prendre contact avec l'Association des Anciens Élèves en envoyant un mail à son nouveau Président, Georges Gonnot.
Vous pouvez aussi écrire dans ce blog pour ajouter des souvenirs, des anecdotes, des photos. Il suffit pour cela de me contacter ici
Autrefois, le lycée et ce qui avait été le C.E.G et s'appelait désormais le C.E.S étaient séparés par une rue, sorte de boulevard ou de promenade où l'on nous faisait courir le 50 mètres, et qui menait au cimetière. Rien de symbolique là-dedans. La cour du lycée était fermée par un grillage.
Je l'imagine de ce style (ci-dessous) mais avec des piquets en fer tous les 2 ou 3 mètres.
Certains d'entre nous - ceux qui ne jouaient pas au foot ni à cette sorte de pelote basque à main nue (j'ai oublié comment on l'appelait) - s'asseyaient sur le minuscule muret malcommode en béton, large d'à peine un tiers de fesse, pour y lire ou y parler. Ce muret était régulièrement envahi de "gendarmes" de ce genre (ci-dessous). 
Sur le mur qui séparait encore la cour des garçons du terrain de sport (abattu dans l'été 67), c'est des lézards qu'on pouvait trouver.
Et alors ?
Alors, rien. C'était comme ça.
Ça a été. Et de le dire peut fonder une communauté et se payer l'illusion de lutter contre l'érosion des choses.
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11.06.2006
Je me souviens, suite (tarots, cour des filles, lavabos)
Je crois me souvenir que je n'avais jamais entendu parler de tarots avant d'arriver à Semur. Je connaissais la belote, la bataille et le pouilleux. Je ne m'y suis jamais mis. Tout le monde y jouait, ou presque. On jouait aussi à une sorte de pelote basque à main nue ou de squash, contre les murs (façades aveugles en crépi) des deux ailes qui donnaient vers ce qui était à l'époque le C.E.G. Je ne sais plus comment on appelait ça.
Je me souviens de la cour des filles comme d'un no man's land. Quelquefois, le ballon de foot y atterrissait et il fallait aller le chercher. On la traversait de biais (elle était alors déserte) quand on allait en cours de musique (jusqu'en 3è). La prof s'appelait Mme Broutat (je ne suis pas sûr de l'orthographe). Son mari était aveugle. Il avait peut-être enseigné lui-aussi la musique au bahut avant que j'y sois. Je me rappelle vaguement une histoire cruelle qui en faisait rire certains. Un jour, il avait pris un "coup de jus" en branchant l'électrophone à la prise de courant. C'est en regardant Les Enfants, de Marguerite Duras, que cette image de cour d'école m'a rappelé la cour des filles. Il y avait deux rangées d'arbres, mais des bancs entre les arbres et aucun bâtiment dans l'orientation de la photo.
Je me souviens qu'on nous réveillait à sept heures et demie le matin, ce qui m'avait paru un brin douillet, à moi qui venais d'un collège où le lever était à six heures et quart et les conditions de confort et de discipline celles des pensionnats du XIXè siècle. Je ne trouve pas d'image fidèle à ce que sont dans ma mémoire les lavabos du dortoir des 3è-2nde. Je les vois comme un compromis entre ces deux photos.
21:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.03.2006
Lac de Pont
C'était une des destinations des promenandes du jeudi pour les internes. C'était une des curiosités du lieu, avec la ville même (ses tours, ses remparts) et la proximité des Laumes, c'est-à-dire d'Alésia.
Plusieurs fois j'ai fait le projet de faire le tour du lac à pied. Du barrage (côté Semur) on n'en voyait pas le bout. Jusqu'où allait-il ? Je n'en savais rien.
Quel intérêt à en faire le tour ? Aucun, sinon l'instinct du touriste qui pousse à monter sur les belvédères, à faire comme le tour du propriétaire du lieu atteint et désormais nôtre. Je ne l'ai jamais fait. Heureusement. Même si, à l'époque l'aller-retour à pied jusqu'au lac ne me faisait pas peur, je n'en aurais pas été au bout de mes peines si j'en crois la photo satellite fournie par Google-earth (ci-dessus, et encore, on n'en voit qu'un bout. Ou ci-dessous, carte Mappy, où on le voit en entier).
On disait que la mairie de Pont (le bâtiment) était la plus petite mairie de France. En parlant de mairie, voici celle de Semur, telle qu'on la voit dnas le film d'Yves Robert, Ni vu ni connu, sorti en 1958.
13:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.02.2006
Je me souviens, Semur 64-68
Dans le crépuscule fané
Où plusieurs amours se bousculent
Ton souvenir gît enchaîné
Loin de nos ombres qui reculent
Apollinaire, Vitam Impendere Amori
1. Je me souviens de l’inscription latine sous l'horloge de la cour d’honneur, au-dessus de la conciergerie, sur le crépi ocre du mur nu : Hora fugit.
2. Je me souviens de l'ennui des dimanches après-midi où l’heure n’avançait pas. L'aumônier servait de correspondant à ceux qui n’en avaient pas. J’errais dans les rues d’un Semur désert et dominical - cafés, tabac-journaux, librairies ouvertes - avant d’échouer au foyer paroissial. Au rez-de-chaussée une table de ping-pong, au premier, une télé. J’y ai vu les débuts de Mireille Matthieu (ceci n’est pas un titre de gloire). La dernière année s’est ouvert la Maison des Jeunes, sous le nouveau Gymnase. Je me souviens d’une troupe qui est venue y jouer Le Revizor de Gogol.
3. Je me souviens d'un commentaire de texte de Cocteau (ou de Mauriac ?) qui se terminait par "... et tout le reste est littérature". Le texte, comme tous les polycopiés de l’époque, ronéoté sur un stencyl à alcool, écrit à la main, d’une encre violette, se fanait en cours d’année. Celui-ci était, je crois, dactylographié.
4. Je me souviens de la première minijupe : la correspondante anglaise d'un élève d'une classe au-dessus de la nôtre. Certains avaient fait cercle autour d’elle. Nous étions alors en troisième ou en seconde. Je pensais que c'était le progrès et que les jupes allaient raccourcir de plus en plus, mais jusqu'où ? J'étais fier de vivre au XXè siècle.
5. Je me souviens avec admiration de Régine Henry -avec qui je n'avais pas dû échanger plus de trois mots durant toute notre scolarité (la mixité n’était que partielle) - qui au dernier trimestre de la Terminale, est arrivée première aux compositions de philo et de français. Je me demande assez régulièrement ce qu'elle est devenue.
6. Je me souviens que le dimanche, les internes qui ne rentraient pas chez eux étaient regroupés dans le réfectoire des filles. Au petit déjeuner, cacao et tartines de beurre. Il y avait toujours du rab, ça me restait sur l'estomac toute la matinée. Le midi, traditionnellement, c’était des pommes dauphine. Le personnel était réduit ; on était aux premiers temps du surgelé.
7. Je me souviens de la représentation de l'Antigone d'Anouilh par une troupe amateur au Théâtre municipal à laquelle, en rang, les volontaires - dont Georges Gonnot et moi - étions allés. Dans ce même théâtre, je me souviens d'une distribution des prix présidée par François Mitterand, venu de la Nièvre en voisin. Etait-ce avant ou après sa candidature aux élections présidentielles de 1965 ? Je ne sais plus. Je me souviens qu'avant les vacances de Noël ou de Pâques, l’année de Première, Madame Theuil nous avait lu Beckett du même Anouilh. C'était dans la grande salle d'études des filles, car elle avait pris avec nous la classe de C suite à la défection de leur prof. Je me souviens qu’elle avait eu dans cette salle une inspection, qu’il s’agissait d’un texte romantique ou préromantique, peut-être Rousseau, et qu’elle avait commencé par dire qu’il serait criminel car artificiel de découper le texte en traditionnelles “parties” tant il procédait d’un seul souffle et que l’inspecteur s’était écrié : Parfaitement ! Bravo, Madame !
8. Je me souviens de la broche en forme de cocotier qu'arborait Georgette Plantin sur son tailleur. Je me souviens de ses coups de sifflet, sous le préau, à la fin des récréations. Certains se faisaient traiter par elle de «gougnafiers» ce qui d'après le Trésor de la Langue française, est un mot d’origine populaire et de création récente (attesté seulement en 1899) qui signifie : "Individu sans valeur, qui ne sait rien faire de bien", mais nous n'avions pas besoin d'un dictionnaire pour en comprendre le sens.
9. Je me souviens des deux classes en préfabriqué apparues à la rentrée de Terminale entre la cour des garçons et le terrain de gym. La salle de foyer réservée aux élèves de Première et de Terminale (les autres, les sans-grade, se pelaient impitoyablement dans la cour tout l'hiver à moins de jouer d’un instrument de musique qui leur donnait le droit de s’exercer au chaud) y avait été transférée. Le nouveau Principal, qui s'appelait Chardonnet et qui venait de l'Allier, nous avait offert un dictionnaire Quillet-Flammarion - l'un des tout premiers dictionnaires tout en couleurs- qui y était entreposé à notre disposition. Je lisais une revue de poésie surréaliste qui datait de 1942, trouvée chez un bouquiniste, que je vénérais comme une relique, et particulièrement un long poème d’Henri Pastoureau, blason du corps féminin certainement inspiré de Breton, qui disait à un moment (à peu près) "tes entrailles sont des raisins bons à presser en septembre".
10. Je me souviens de Jean-Charles Hernu, mon voisin de troisième, qui pompait ses dictées sur les miennes, et de son frère Patrice qui est devenu sénateur. Je me souviens que Jean-Charles recevait de son père, futur ministre des Armées, des lettres à l'entête du «Club des Jacobins», partie prenante de la FGDS qui allait devenir le PS en 1971.
11. Je me souviens que Richard, notre prof de français de troisième, nous avait dit un jour avoir écouté la veille à la radio l'opéra de Jean-Jacques Rousseau Le Devin du village et l'avoir grandement apprécié. Je l’enviais de savoir écouter de la “grande musique”, comme on disait encore à l’époque. Je me souviens lui avoir demandé à la fin d'un cours ce que signifiait «tu» à la première page des Confessions («je n'ai rien tu de mauvais») et d'avoir eu honte de ne pas avoir su trouver la réponse moi-même.
12. Je me souviens qu'on avait étudié, en première, successivement La Mort du loup de Vigny, et le Pélican de Musset, et que Drémond, dans les rangs avant de rentrer en classe, m'avait dit : La mort du loup... ping !, le pélican... ping !
13. Je me souviens de l'alternance tous les quinze jours des blouses bleues et grises pour les garçons (on les appelaient des biaudes) et roses et blanches pour les filles toutes les semaines. Je me souviens d’avoir été intrigué, presque choqué, par cette différence de traitement. Le négligé serait-il acceptable pour les garçons ? Quelle part de Nature, quelle part de Culture exprimée dans ce règlement ? Je n’avais pas lu Simone de Beauvoir pour y trouver une réponse. Autre alternance dont je me souviens : celle du chocolat et des pâtes de fruit à quatre-heures (plus souvent pâtes de fruits que chocolat) et des tranches de pain régulièrement rassis.
14. Je me souviens que les cartables s'appelaient des vaches. Je n'ai compris que beaucoup plus tard le croisement probable d'une métaphore sur leur forme aux flancs rebondis et d'une métonymie du fait qu'ils étaient en cuir. Peut-être avait-on aussi besoin de traiter avec détachement ces objets et leur contenu.
15. Je me souviens que le dimanche soir, après le repas et à la place de l'étude, on nous emmenait au parloir voir Les saintes Chéries à la télévision (avec Micheline Presle et Daniel Gélin). Nous avions vu aussi, conduits par Madame Theuil pendant un cours Les Perses d'Eschyle, must télévisuel de l’époque. Je me souviens que dans un placard de ce parloir (qui servait de foyer aux filles) j’ai découvert un trésor : des anciens numéros de la revue Arts avec des articles de François Truffaut et Jean-Luc Godard. J'étais persuadé que la vraie vie n’était pas ailleurs que dans ces pages.
16. Je me souviens qu'un lundi de grève, nous étions très peu nombreux et que je me suis trouvé -promiscuité inédite- assis à côté de Catherine Vexenat pendant le cours d'Allemand de Lhugnot. Je me souviens qu'elle était de Quarré-les-Tombes, dans l'Yonne, où j'étais passé pendant un voyage scolaire avant d’avoir été “en réclusion scolaire”à Semur comme dit Chateaubriand. Je me souviens qu’elle avait toujours des blouses qui se boutonnaient sur le côté gauche contrairement aux autres, boutonnées par le milieu, et que cela mettait sa poitrine en valeur.
17. Je me souviens d'un surveillant qui s'appelait Floquet, qui avait une voiture de sport rouge. Je me souviens que la prof de philo, Mademoiselle Chambon, a eu un accident de voiture. Je me souviens de son remplaçant qui n'osait pas lever les yeux de ses notes. Je ne me souviens de rien des cours de philo hormis que Socrate pratiquait la maïeutique et que «l'enfant est le père de l'homme». Le premier texte que nous avons étudié était -je crois- de Gustave Gusdorf.
18. Je me souviens que, dans la salle 12, notre salle de Terminale, les deux premières tables près de la porte était occupées par Michelle Contant et Hélène Perillat. les deux suivantes par Evelyne Marchal (je ne sais plus qui était sa voisine), venaient ensuite Evelyne Fischer et Françoise Dupuis puis Georges Gonnot et moi. Georges se souvient que nous étions 33 : 22 filles et 11 garçons. Je me souviens que Dominique Petit dont l'oncle était pharmacien à Epoisses était ambidextre et que ses parents étaient de Nancy.
19. Je me souviens qu'André Mazué a arrêté après le BEPC pour devenir employé de banque et Raymond Levret à la fin de la seconde pour entrer dans l’Armée. J’admettais mal, dans mon inattention aux choses du monde, que la vie si platement matérielle, s’immisce dans l’enclos de notre jeunesse. Je me souviens que le père de Maillard tenait une agence bancaire à Sombernon, célèbre pour sa côte meurtrière en hiver. Je me souviens des soeurs Chauveau qui étaient jumelles et des soeurs Nafziger qui ne l'étaient pas. Je me souviens que leur père m'a arraché deux dents. Je me souviens des frères Néault et de leurs querelles. Jean-François arpentait la cour de récré, perdu dans ses pensées ou dans Le Docteur Jivago dont le film était sorti quelque temps auparavant (octobre 1966).
20. Je me souviens du petit bureau de tabac sur la place derrière l'église, ouvert le dimanche, où j'achetais Grands Peintres - le numéro un était consacré à Goya - et Hara-Kiri dans lequel un poème de Queneau, lu dans le café près de la gare, disait de l'ORTF qu'elle se trouvait "à l'angle du pai et d'un quont". Delfeil de Ton y parlait de free-jazz que j’aimais déjà sans en avoir entendu une note. Dans un roman-photo figurait une jeune fille dont le nom comme la frimousse m'affriolait : Miou-Miou. Elle volait un 33 tours dans un magasin de disques en l'enfouissant sous son chandail. Je n'imaginais pas qu'elle était notre exacte contemporaine et qu'elle aurait pu se trouver dans notre classe.
21. Je me souviens de Doucet et de sa femme, qui étaient profs d'histoire, géographie et instruction civique, et du contraste entre eux. Je me souviens avoir cru le reconnaître, lui, en employé de la fac des Lettres de Besancon, quatre ans plus tard, les cheveux blanchis et sur le visage comme ls marques d’un grand malheur, mais je n'ai jamais pu m'assurer si c'était effectivement lui.
22. Je me souviens d'avoir fait le mur deux nuits de suite, avec Alain Noël et un autre, pour un bain de minuit à la piscine du lac de Pont. On se cachait dans les fourrés quand une voiture passait.
23. Je me souviens d'un repas de classe chez l'aumônier un jeudi midi. On nous avait laissé sortir, ce qui prouvait que nous étions dorénavant des grands. J'y ai fumé ma première Gauloise. Je me souviens de l’attendrissement béat de certains adultes pour notre jeunesse. Le “Jeune” était devenu un phénomène de société et de consommation mais moi je n’avais rien demandé à personne.
24. Je me souviens qu'en juin 68, j'étais resté seul au lycée pour réviser le Bac. J'assistais aux cours de français des Première. Ils en étaient à Chénier. Je me souviens d’avoir été gentiment invité à prendre le café avec Martine Millon et Aleth Aillot chez l'une d'entre elles, au-delà du pont Joly, vers le White Horse, où s'arrêtaient les promenades du jeudi pour faire le plein de choco-BN et de carambars. Les Charats, la route de Lantilly et le lac de Pont (Pont, dont la mairie était la plus petite de France) étaient les destinations vedettes de ces promenades.
25. Je me souviens des nuées de corbeaux sur les tours certains soirs pendant l'étude sur le ciel rougi. Je me souviens du soir du Bac à Dijon et de la dernière remise des prix, le lendemain, au foirail, où j’étais venu en stop.
26. Je me souviens de la première séance de ciné-club de l'année de Terminale : c'était un film espagnol de Juan Bardem qui s'appelait Grande rue.
27. Je me souviens de Madame Aguesse, la surveillante générale qui habitait au CEG, et de son mari qui nous a fait apprendre, en Seconde, ce poème de Verlaine : "Je fais souvent le rêve d'une femme inconnue et que j'aime et qui m'aime..." J'avais pris ce choix comme un indécent coming-out. C'est lui qui nous a annoncé que Sartre venait de publier Les Mots.
28. Je me souviens que la nuit de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars russes, j'avais dormi chez madame Theuil, - elle me donnait l’hospitalité le temps de trouver une chambre à Dijon pour mes études -, rue Ledru-Rollin, en face d'un dépôt Lejay-Lagoute. Je me souviens de son mari, de sa mère et de son fils handicapé mental. Je me souviens du nom de ses deux chats : Tacite et Pline.
29. Je me souviens avoir retrouvé Daisy Meunier en première année de lettres à Dijon. Je me souviens avoir vu Louise Gueneau un midi au restaurant universitaire Mansard, avec des copains de sa fac, on s’est dit bonjour, je suis reparti dans ma direction attristé de constater que les liens des années de lycée, finalement, étaient peu de chose devant l'immensité de la vie qui nous attendait. Je me souviens d'avoir pris un café entre deux cours avec Michèle Lagier qui peu de temps après a cessé de suivre les cours. Je me souviens avoir revu Evelyne Fischer un an plus tard au restaurant universitaire Maret et ne pas avoir su quoi lui dire.
30. Je me souviens que les jours de frites, on versait le plat en entier dans l'assiette du premier de la table pour courir plus vite chercher du rab. Je me souviens que les veilles de fête au réfectoire on entonnait à tue-tête Nini peau de chien (A la Bastille) et que je me demandais comment cette chanson vieillotte pouvait survivre si indécemment après l'époque du twist. Je me souviens qu'un jour, je ne sais plus pourquoi, je suis monté à l'économat, qui était situé au dessus du réfectoire.
31. Je me souviens des jardins potagers qu'on apercevait du dortoir dans la douceur des soirs d'été quand les fenêtres étaient ouvertes et des petits vieux qui y arrosaient leurs légumes. L’odeur de la terre mouillée semblait monter jsuq’à moi. J’ai toujours cru qu’ils jouxtaient le lycée (l’aile du réfectoire) mais une photo aérienne publiée dans un numéro du Bahut (le bulletin de l’Association des Anciens Élèves de Semur-en-Auxois) les remet à leur place : de l’autre cöté de la rue, face à la grille d’entrée.
32. Je me souviens de la radio que j'écoutais le soir dans mon lit et de l'émerveillement que me procuraient les noms des rue parisiennes dans les publicités: Boulevard de Rochechouard, Hâvre-Caumartin et Métro Mouton-Duvernet (où se trouvaient les Meubles Lévitan).
33. Je me souviens des cahiers d'appel, verts, couverture cartonnée, alignés sur une table en face du bureau de la surveillante générale et que je n'ai jamais maniés n'ayant jamais été chef de classe. Je me souviens que l’escalier qui montait à l'appartement des Plantin nous étaient interdit. Cette interdiction - levée après leur départ - relevait pour moi d’un privilège au relent d'Ancien Régime mais il me semblait que l’éducation devait passer par des acceptations comme celle-ci, comme quoi sous des dehors rebelles se nichent pas mal de soumissions.
34. Je me souviens qu'un matin - on n’avait pas facilement le téléphone à cette époque -, le mari de Madame Theuil est venu me trouver dans ma chambre d‘étudiant pour m'annoncer la mort de Nazareth, qui était dans l'année au-dessous de la nôtre et qui habitait Chenôve. J'étais passé chez lui l'été d'avant. Je me souvenais de sa mère qui ressemblait terriblement à Jeanne Moreau. Le souvenir d’elle sous son voile noir pendant l'enterrement se superpose maintenant avec certaines images de La Mariée était en noir. Mon dernier contact avec Semur date de ce jour-là, dans la petite église de la place Wilson, où une délégation d’élèves -que je ne reverrais plus et dont je n’étais plus- était venue en bus.
35. Je me souviens que j’aimais passer le long de la fabrique de vinaigre au bord de l'Armançon malgré (et un peu à cause de) l'odeur et pousser jusqu’au pont de chemin de fer qui enjambe la rivière. Jamais les promenade du jeudi n’allaient dans cette direction.
36. Je me souviens de la rumeur tenace et souvent vérifiée qui voulait qu'on nous serve des épinards chaque fois qu'on tondait les pelouses de la cour d'honneur. Je me souviens que le prof de gym s'appelait Pinard. Je me souviens de la puanteur de nos tenues de sport enfermées dans nos sacs, et des maillots crasseux qu'il fallait enfiler pour jouer au handball au foirail.
37. Je me souviens de notre première dissertation de seconde : «Nature est un doux guide» ainsi que du commentaire de texte sur «France, mère des arts, des armes et des lois». Je me souviens des Essais de Montaigne, des Provinciales de Pascal, du Culte du Moi, des Faux-Monnayeurs, de L'Espoir qui étaient au programme de notre Terminale. Je me souviens que Marcel Aymé et André Maurois, qui avaient leurs photos côte à côte dans le Lagarde et Michard du XXè siècle (p.148-149) sont morts la même année à cinq jours d'intervalle. Je me souviens que Georges Gonnot admirait Paul Valéry qui posait pour l'éternité, à la page 320, le menton dans ses mains ouvertes en V.
38. Je me souviens des deux cinémas de Semur, qui était l’un dans la même rue que le lycée, où j'ai vu La Religieuse de Jacques Rivette, et l’autre au tournant du pont Joly, au pied de la tour. Le bâtiment était tel que l'entrée sur la rue correspondait au deuxième étage et qu'il fallait descendre un étage pour accéder au balcon et deux pour aller au parterre. J'y ai vu D'où viens-tu Johnny ? pendant les élections de 1965, je me souviens de la date parce qu’un potache (je crois qu’il s’appelait Rémy) avait crié à un spectateur retardataire “Marcel, assis!”, blague incompréhensible aujourd’hui qu’on a oublié que le sénateur Marcilhacy était candidat.
39. Je me souviens que le lundi, les conversations de ceux qui étaient rentrés dans leur campagne pour le week-end, tournaient invariablement autour des histoires de bal. La question rituelle était : il y avait de la cuisse ?prosaïsme qui heurtait fortement mon idéalisation de la jeune fille. Je me souviens de certains mots ou expressions que je n’ai jamais entendu ailleurs que dans ce lycée. Certains disaient : il m’a adopté ma gomme, pour dire qu’on ne la lui avait pas rendue ou qu’on la lui avait volée. J’aimerais faire la liste de ces expressions et savoir pendant combien de générations elles ont eu cours.
40. Je me souviens précisément de la première fois que j’ai vu des clarks. C’était aux pieds de celui qui marchait deux rangs avant moi dans la file qui nous conduisait du réfectoire à la cour de récréation. Il avait le pied posé sur une des trois ou quatre marches qui montent de la cour d’honneur au couloir de la salle 1 où se produisait toujours un embouteillage. J’ai trouvé ces chaussures si bêtes et laides que j’ai prédit que la mode ferait long feu. J’étais loin de me douter que j’allais en porter presque sans discontinuer pendant toute ma vie d’étudiant, artificiellement prolongée pour éviter l’Armée et bénéficier du restau-u.
41. Je me souviens de mon unique séjour à l’infirmerie. Je crois me souvenir que l’infirmière était très mignonne. J’y avais relu Le grand Meaulnes que j’avais trouvé fade et le Poètes d’aujourd’hui consacré à Boris Vian qui venait de sortir chez Seghers, avec qui je me sentais de plain pied.
42. Je ne me souviens plus du tout du Bac blanc, qui pourtant a eu lieu puisque Georges Gonnot, lui, s'en souvient. Je ne me souviens plus du lieu ni de son déroulement ni de mes résultats. Je ne me souviens pas d'avoir jamais douté de mon avenir et pourtant, si ce n'avait pas été l’année 68, je ne sais pas ce qu'il en serait advenu. Je me souviens maintenant que je ne prêtais pas vraiment attention à ce(ux) qui m’entourait.
43. Je ne me souviens plus si j'avais déjà lu Les choses de Georges Pérec (en collection J'ai lu). Je suis sûr en revanche que son texte Je me souviens, matrice géniale si commode, si souvent reproduite quand on manque d’imagination, était encore inconnu puisqu’il ne date que de 1978.
44. Je sais maintenant que hora fugit n’est pas un vain mot.
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Pourquoi ce blog ?
Bonjour à celles et ceux qui passent, ancien(ne)s Semurois(es) ou non !
Ce blog - sur lequel vous êtes arrivé(e) peut-être en tapant quelques-uns de ses mots-clés- a deux objets :
• Faire savoir à tous les anciens élèves du Lycée de Semur-en-Auxois (aujourd'hui Lycée Polyvalent Anne Judic) qu'il existe une Association des Anciens Élèves de Semur. Jusqu'à présent il n'y en avait pas trace sur le net. C'est, paraît-il, l'une des plus anciennes de France. Je ne suis (simple) membre que depuis quelques mois. Ce blog n'a donc rien d'officiel et rien de ce que je dis ne peut engager l'Association.
L'Association publie annuellement un bulletin, qui s'appelle LE BAHUT, dont j'aimerais bien mettre certains articles en ligne, et qui attend vos contributions. Dans l'Association, les générations des années 80 et 90 sont très peu représentées et ce serait dommage qu'il ne se trouve personne pour reprendre le flambeau.
Ce blog est donc d'abord un appel à recrutement !
Vous pouvez contacter le nouveau président de l'Association, Georges Gonnot, en cliquant ici.
• L'autre objet de ces notes est d'offrir à mes anciens condisciples (celles et ceux qui étaient en 4è aux alentours de 1964 et ont passé leur bac en 1968) un lieu où reparcourir le passé et éventuellement le moyen de reprendre contact entre eux par mail s'ils en ont l'envie.
L'interactivité permise par Internet me fait rêver à ce projet : faire revivre, à distance (spatiale et temporelle), nos années d'apprentissage. Sans trop de nostalgie. Avec la lucidité nécessaire pour considérer "ce que nous fûmes". J'aimerais collecter tout ce qui fait notre mémoire, souvenirs, récits, photos... Moi, de photos, je n'en ai guère, à part celle ci-dessous.

Au fait, qui suis-je ? Ah, oui, (aucun des deux sur la photo) j'étais pendant l'année de Terminale A, en salle 12 au fond à droite (ou à gauche quand on regardait du bureau), à côté de Georges Gonnot (que j'ai retrouvé par hasard et grâce à qui j'ai connu l'Association) : Jean-François Masseron. Je vis au Japon depuis 10 ans, oü j'enseigne la langue française, la littérature et le cinéma, après avoir dirigé un complexe de salles de cinéma à Besançon. Vous pourrez me trouver ici
A bientôt, je l'espère.
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